Confort d’été et canicules : le bâtiment face au défi du réchauffement climatique
La performance énergétique d’un logement suffit-elle encore à garantir son confort ?
De plus en plus de professionnels du bâtiment s’interrogent sur le décalage qui peut exister entre une bonne performance énergétique et un confort d’été réellement satisfaisant.
Un logement performant en matière de consommation d’énergie n’est pas nécessairement un logement capable de rester confortable lors d’un épisode de forte chaleur.
Cette question devient d’autant plus importante que le changement climatique modifie profondément les conditions auxquelles nos bâtiments sont exposés. Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et peuvent s’installer durablement.
La rénovation énergétique ne peut donc plus être pensée uniquement autour d’un objectif : avoir moins froid et consommer moins en hiver. Elle doit désormais intégrer un autre enjeu majeur : éviter d’avoir trop chaud en été.
Quand le changement climatique oblige à repenser le bâtiment
Une concertation organisée avec la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) a récemment porté sur la prise en compte du confort d’été dans la construction neuve.
Les échanges mettent en évidence un constat désormais difficile à ignorer : une partie importante de notre parc immobilier n’est pas suffisamment adaptée aux épisodes caniculaires actuels et, plus encore, à ceux auxquels nous serons confrontés dans les prochaines décennies.
Adapter les constructions neuves est évidemment indispensable. Mais le problème ne peut être abordé uniquement sous cet angle.
Le renouvellement du parc immobilier par la construction neuve reste faible au regard de l’ensemble des bâtiments déjà existants. Même en améliorant considérablement les performances des constructions futures, l’essentiel des logements dans lesquels nous vivrons en 2030, 2050 et au-delà est déjà construit.
Le véritable défi concerne donc également — et surtout — le parc existant.
Du GIEC à la TRACC : préparer les bâtiments au climat de demain
Les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) établissent le rôle des activités humaines dans le réchauffement climatique et l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de chaleur extrême.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment réduire les consommations énergétiques des bâtiments, mais également comment les adapter à des conditions climatiques sensiblement différentes de celles dans lesquelles ils ont été conçus.
La France s’est ainsi dotée d’une Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC).
Pour la France métropolitaine, cette trajectoire retient, par rapport à l’ère préindustrielle :
• +2 °C à l’horizon 2030 ;
• +2,7 °C à l’horizon 2050 ;
• +4 °C à l’horizon 2100.
Le décret n° 2026-23 du 23 janvier 2026 a intégré la trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique au Code de l’environnement. Les niveaux de réchauffement applicables ont parallèlement été fixés par l’arrêté du 23 janvier 2026.
Cette évolution est importante : l’adaptation au changement climatique devient progressivement une donnée structurante des politiques publiques et devra nécessairement être davantage prise en compte dans la conception et la rénovation des bâtiments.
Le grand enjeu : adapter le bâti existant
C’est probablement sur le parc immobilier existant que les efforts les plus importants devront être engagés.
Des millions de logements ont été conçus à une époque où la problématique principale était essentiellement de conserver la chaleur en hiver. Les stratégies de rénovation énergétique ont donc logiquement privilégié l’isolation, l’étanchéité à l’air et l’amélioration des systèmes de chauffage.
Ces travaux restent indispensables.
Mais une rénovation mal pensée peut également avoir des conséquences sur le comportement estival du bâtiment. Isoler un logement ne suffit pas : il faut réfléchir à son fonctionnement thermique tout au long de l’année.
L’orientation des façades et des baies vitrées, les protections solaires extérieures, l’inertie thermique des parois, la ventilation, la possibilité de rafraîchir naturellement le logement pendant la nuit, la nature des isolants ou encore l’environnement immédiat du bâtiment peuvent considérablement modifier son comportement lors d’une canicule.
Un logement performant doit donc être envisagé dans sa globalité.
DPE : une étiquette énergétique ne dit pas tout du confort d’été
Le Diagnostic de performance énergétique (DPE) constitue un outil essentiel pour apprécier la performance énergétique d’un logement. Il renseigne notamment sur ses consommations conventionnelles d’énergie et ses émissions de gaz à effet de serre.
Il comporte également une information relative au confort d’été, destinée à apprécier certains paramètres permettant de limiter l’inconfort lors des fortes chaleurs.
Mais cette information ne doit pas être confondue avec une simulation complète du comportement thermique réel du logement pendant une canicule.
Deux logements présentant une performance énergétique comparable peuvent ainsi connaître des températures intérieures très différentes en période estivale, selon leur exposition, leur inertie, leurs surfaces vitrées, leurs protections solaires, leur ventilation ou encore leur environnement.
C’est précisément sur ce point que les méthodes d’évaluation devront continuer à évoluer.
Rénover pour l’hiver… mais désormais aussi pour l’été
Pendant plusieurs décennies, la rénovation énergétique a principalement répondu à une question : comment réduire les besoins de chauffage ?
Le changement climatique nous oblige aujourd’hui à en ajouter une seconde :
comment maintenir une température intérieure supportable lorsque les températures extérieures deviennent durablement très élevées ?
La réponse ne consiste pas nécessairement à généraliser la climatisation. Celle-ci peut parfois être nécessaire, notamment pour certaines populations ou certaines configurations de bâtiments, mais elle ne peut constituer l’unique réponse.
Une stratégie cohérente doit d’abord rechercher des solutions dites passives :
• protections solaires extérieures et occultations efficaces ;
• limitation des apports solaires ;
• amélioration de l’inertie thermique lorsque cela est possible ;
• isolation adaptée à la nature et au fonctionnement du bâti ;
• ventilation efficace ;
• possibilité de ventilation nocturne ;
• traitement adapté des combles et des toitures ;
• végétalisation et réduction des phénomènes d’îlots de chaleur lorsque l’environnement le permet.
L’objectif est simple : empêcher autant que possible la chaleur d’entrer, puis permettre au bâtiment d’évacuer la chaleur accumulée.
Vers une nouvelle définition de la performance d’un logement ?
Le changement climatique nous conduit finalement à revoir notre conception même de la performance énergétique.
Un logement performant en 2030 ou en 2050 ne pourra probablement plus être uniquement celui qui consomme peu d’énergie en hiver.
Il devra être capable de proposer un confort acceptable toute l’année, y compris lors d’épisodes caniculaires prolongés, tout en limitant le recours à des systèmes de refroidissement fortement consommateurs d’énergie.
La rénovation énergétique doit donc progressivement devenir une rénovation énergétique et climatique.
Le DPE, l’audit énergétique et plus largement les diagnostics et études du bâtiment auront nécessairement un rôle croissant à jouer dans cette évolution : ne plus seulement évaluer le bâtiment par rapport au climat d’hier, mais contribuer à préparer les logements au climat de demain.